Pause Culture #1 Les Yamas (préceptes éthiques) et Niyamas (préceptes de discipline)

Yamas & Niyamas : Les leçons de vie du Yoga 

 

ou comment transporter sa pratique en dehors de son tapis...

 

Pratiquer le yoga comme une gymnastique pour acquérir souplesse, force ou encore beauté physique en enchaînant les postures, c’est non seulement tristement le réduire à si peu de chose... mais c'est aussi complètement se fourvoyer. On l'oublie beaucoup à l'heure actuelle... Emportée par la tendance des réseaux sociaux, et du plein boom que connait le Yoga mais le Yoga est une réelle voie de développement personnel et intérieur... Une voie spirituelle (oui le mots fait encore peur aujourd'hui...) Une philosophie de vie, ou par le corps on souhaite atteindre la connaissance du soi qui peut nous apprendre à mieux vivre ensemble ou simplement déjà à mieux vivre avec soi et qui transforme notre quotidien.

 

Par cet humble article aujourd'hui, j'aimerai qu'on sorte du « Tu fais quoi, toi, comme yoga ? Ashtanga ? Moi je suis Iyengar, et toi ? Moi le Hatha c'est passé maintenant c'est Bikram et acro-yoga» Pas de sens pour moi à cet échange... On s'en fou! Parce que si tu pratiques le Yoga , tu pratiques le Yoga point. 

Je ne l'ai pas inventé, on me l'a transmis, et les maîtres, les gourous ne cessent de le répéter :  il n’y a qu’un yoga ! une seule direction stimulée par différents outils : se défaire du mental, d l'égo, revenir en harmonie avec soi, son corps, son esprit et autrui. Ramener une connexion avec le monde, avec tout ce qui nous entoure...

 

C'est le moment de rappeler la définition de yoga : union, intégration, réunion en sanskrit.

 

Une introduction pour nous approcher du sujet du jour. Mais avant d'approfondir les principes de Yama Niyama, je me dois de vous parler des Yoga-Sutras (sur lesquels je m'attarderai prochainement dans un article à venir)

 

Les yoga sutras font partie des écritures sacrées de l'Inde. On les attribue à Patanjali et ils auraient été écrit plus de 200ans avant J.C. Tout est au conditionnel car rien n'est clairement défini*

 

Aparté sur Patanjali

* des chercheurs ont réussi à situer ce personnage dans le temps en estimant qu’il aurait vécu environ 200 ans avant l’ère de Jésus Christ, période durant laquelle il aurait composé les Yoga Sutras.

D’autres suppositions sous-entendent que Patanjali n’aurait pas été le seul à les avoir composé. Certains parlent d’une lignée de quatorze écrivains portant le nom de Patañjali. 

Des mythes existent pour raconter l’origine de Patanjali. Selon l’histoire, il serait venu du ciel pour apprendre le Yoga sur terre. Il serait venu sous forme de serpent entre les mains d’un sage qui demandait aux dieux de lui donner un fils. Comme pour une réponse à ses prières, Patanjali se transforme alors en petit garçon, que Gonika, le sage en question, adopta.

 

Les Yoga Sutras descendent directement de la tradition védique (2000 ans avant J.C). Les sutras sont des aphorismes, des phrases brèves, destinées à être mémorisées. Il y en a 195.

C'est l'oeuvre de référence du Yoga, Patanjali y décrit le fonctionnement du mental, indique différentes manières d'appréhender le yoga, et de l'intégrer dans la vie quotidienne..

 

Les sutras sont répartis en 4 chapitres (pada) : 

  • Samadhi pada, déconditionnement
  • Sadhana pada, moyens et stratégies
  • Vibhuti pada, exploration de différents niveaux de conscience
  • Kaivalya pada. Délivrance

Dans le 2e chapitre, le Sadhana pada, II ,29, est exposé les 8 membres du yoga (ashtanga yoga). Ces 8 branches représentent différents aspects du yoga, qui décrivent une manière d'avancer pas à pas sur la voie, mais qu'on peut également aborder en parallèle, en simultanée, un peu comme les branches d'un arbre s'unissent les unes aux autres.

 

Voici les 8 membres (chaque membre donnera lieu à un article)

  • Yama : les observances morales en société ou envers les autres. Ensemble de principes éthiques. 
  • Niyama : Les observances que l'on pratique pour soi. La discipline personnelle. Ensemble de règles personnelles.
  • Asana : la pratique posturale (sur nos tapis)
  • Pranayama : la science de la respiration
  • Pratyahara : le retrait des sens. L'écoute intérieure.
  • Dharana : l'attention, la concentration
  • Dhyana : la méditation
  • Samadhi : l'état d'unité

  

Tout ça pour enfin aborder le sujet du jour: 

 

Yama et niyama sont 2 mots qui viennent du sanskrit  (on en a déjà parlé le sanskrit est la langue ancienne de l'Inde... Il me semble la réduire quelque peu en disant ceci, mais j'aime bien l'évoquer en disant qu'elle serait un peu l'équivalent de notre latin).

 

Bien souvent je trouve que la langue anglaise sait très bien trouver une définition, un sens aux choses, en utilisant moins de mot et en étant beaucoup plus simple et clair que nous dans la langue française. J'ai lu un jour en anglais les définition suivantes :

Yama : Peace with the world (littéralement Paix avec le monde)

Niyama : Peace with yourself (littéralement Paix avec toi-même)

 

Si on voulait s'approprier les principes de yama et de niyama comme des règles de conduite que l'on s'inflige celà ne serait pas juste. Ce serait même à contre courant de l’esprit Yoga, qui nous invite au lâcher-prise. Ils sont plutôt comme les fondements, les piliers d’un pratiquant le yoga

 

J'y reviens en permanence dans ma vie quotiodienne. Comme lorsque je médite, il y a des jours où je dois de nombreuses fois ramener mon attention à l'ici et au maintenant, et bien je sens parfois dans ma vie qu'il me faut plus que d'habitude revenir à mes fondements, à mes piliers.

Encore plus lorsque mes vieux démons me rattrappent, que je doute, que j'ai peur, que je ne fais pas assez confiance à la Vie. Et en toute ouverture c'est le cas en ce moment... Je doute de moi, je m'accorche à ce que j'ai construit, j'ai peur que ça s'écroule... Je m'entends, j'accueille sans juger (j'essaie en tout cas) mais c'est surtout celà aujourd'hui qui me donne l'envie de partager ces principes fondamentaux avec vous. Car chacun peut y trouver un support.

 

1er membre - Les 5 Yamas : ahimsa, satya, asteya, bramacharya, aparigraha

  • Ahimsa :  Ne pas nuire. La non-violence

Le principe même qui a guidé Gandhi. La violence appelle la violence. Si je suis non-violent l'autre est désarmé de son envie de nuire et de son agressivité. 

Ne pas nuire c'est par exemple ne pas penser ou dire du mal de quelqu'un. Et bien souvent on peut nuire sans même en avoir conscience. 

Ahimsa peut aussi être appliquée en préférant une alimentation qui bannie de la consommation les produits qui entraînent une souffrance des animaux ou des hommes.

Ahimsa est également un non-jugement par rapport à soi-même, accepter de se voir tel que l'on est, pour pouvoir voir l'autre tel qu'il est aussi.

Ahimsa, c’est refuser de faire violence à la réalité en voulant la changer. C’est accueillir ce qui est. 

 

"Si quelqu'un est installé dans la non-violence, autour de lui, l'hostilité disparaît. " (Sutra II-35)

 

  • Satya :  La vérité

Utiliser des paroles justes, ne pas mentir Etre congruent.

Satya nous suggère la vérité en pensées, en paroles et en actions. .

Il ne s’agit pas d'obtenir une vérité absolue, mais d'adapter à chaque instant de la vie sa propre vérité, son authenticité.

Sur nos tapis on ne peut pas se mentir longtemps dans la posture si l’on veut la faire correctement… Mais aussi, en l'appliquant au quotidien, en étant présent à ce qui se passe en nous lorsque nous parlons ou "ré"-agissons.

 

"Quand on est établi dans un état de vérité, l'action porte des fruits appropriés. " (Sutra II-36) 

 

  • Asteya :  La non-convoitise. Ne pas voler.

Ne pas voler de biens matériels semble être une évidence. mais c'est aussi accepter de ne pas s'accaparer de ce qu'on ne peut pas posséder.

asteya c'est cultiver ce que l’on est et ce qu'on a en soi. Dans la pratique, Sur nos tapis par exemple c’est ne pas vouloir passer une posture avant que la précédente ne soit tout à fait maîtrisée. C’est donc commencer par savourer l'humilité de sa propore pratique… Lorsque les choses doivent arriver, elles se présentent.

A force de vouloir posséder, on amasse, on accumule... On s'attache. Puis naissent les frustrations "j'aimerai tant ce que je n'ai pas..." et je finis par ne plus savoir apprécier ce que simplement j'ai. 

 

"Quand le désir de prendre disparaît, les joyaux apparaissent" (Sutra II-37)

  

  • Bramacharya :  La modération. La chasteté

Mais ne pas le réduire à un appel à l’abstinence sexuelle. En réalité, Et encore moins à la frustration.

A comprendre dans le sens "ne pas gaspiller son énergie", se canaliser.  Cette énergie est gaspillée lorsque nous avons des comportements excessifs et addictifs. la poursuite incessante de l'objet de désir n'apporte pas la paix.

Brahmacharya nous propose d'éviter les extrêmes. 

 

"Etre établi dans la modération donne une bonne énergie de vie". (Sutra II-38) 

 

  • Aparigraha :  Le non-attachement. Le lâcher-prise

Prendre du recul. Se détacher de ses pensées, de ses émotions, de ce que l'on possède. 

Littéralement (et traditionnelemnt) ce sutra nous inviterait à nous démunir de tous nos biens pour vivre en ascète comme les moines bouddhistes qui n'avaient que leur robe et leur bol à aumône.

Actuellement, Aparigraha représente plutôt le fait ne pas s'encombrer de ce qui n'est pas nécessaire

On se définit souvent par rapport à nos possessions, nos rôles sociaux, nos activités, Et quand on perd l'un ou l'autre, c'est l'anéantissement... Aparigraha nous amène à abandonner nos peurs de manquer ou de perdre, nous fait lâcher l'idée que l'on peut tout contrôler (l'avenir, les événements extérieurs)

 

"Celui qui se désintéresse de l'acquisition de biens inutiles connaît la signification de la vie." (Sutra II-39)

 

 

 

2e membre - Les 5 Niyamas : saucha, santosha, tapas, svadhyaya, Ishavara pranidhana

  • Saucha :  La propreté, la pureté

Lié à la propreté du corps, extérieure et intérieure. Les asana et pranayama ont des effets de détoxification et de nettoyage des organes. La propreté se doit également être mentale et émotionnelle.

Faire le ménage en soi, par la concentration, par la discipline imposée par les postures. Il y a dans la tradition du yoga diverses techniques de purification, pour en nommer certaines : jala neti, kapalabhati, nauli... Saucha nous invite à éviter les sources de pollution tant physiques que mentales. 

 

"Le fait d'être pur engendre la bonne humeur, la concentration d'esprit, la maîtrise des sens et la faculté d'être en relation avec la conscience profonde" (Sutra II-41).

 

  • Santosha :  Le contentement

Savoir se réjouir et se satisfaire de ce que l’on est, de ce que l'on a. Accepter et accueillir les choses avec joie. Un esprit qui n'est pas blasé il est heureux de ce qui survient, il apprécie ce qui est. Etre dans l'acceptation. 

 

"Par la pratique de Santosha, on connaît le plus haut degré de bonheur " (Sutra II-42)

 

  • Tapas :  La discipline, la persévérance

Tapas signifie le feu. Celui qui anime les actions difficiles, celui qu'il nous faut pour rester sur le chemin. C'est être fidèle à soi, ses valeurs et non à ce que les autres veulent de nous. Lapratique régulière sur le tapis enseigne la persévérance par le retour permenant du regard neuf, la rconnexion au souffle  et aux sensations présentes. 

Tapas c'est l'effort constant, le travail soutenu détaché des fruits de l'action. Il est en lien avec le corps, la parole et l'esprit:

 

"Grâce à une activité intense, qui entraîne la destruction de l'impureté, on améliore considérablement le fonctionnement du corps et des sens" (Sutra II-43) 

 

  • Svadhyaya :  L'étude des textes. L'étude de soi.

Regroupe toutes les activités qui développe l’étude de soi, l'autoanalyse de son comportement, de ses émotions et de ses pensées.

C’est être présent à ce que l’on ressent et pense durant la pratique sur le tapis mais c'est aussi lire, étudier, se nourrir d’expériences rapportées par d’autres et qui trouvent un écho en nous.

C'est un état d'être intérieur. L'étude de soi est jalonné de prises de conscience successives. Nous avançons, nous reculons, nos croyances s'effondrent, nous en construisont d'autres, plus justes...  

Les textes anciens nous servent de guides, de cadres, et ils nous faut les mettrent en pratique dans notre vie quotidienne pour qu'ils continuent d'avoir un sens, et ne deviennent pas des lettress mortes...

 

"L'état d'intériorisation permet l'union totale avec la divinité d'élection." (Sutra II-44)

 

  • Ishvara Pranidhana :  L'abandon à quelque chose de plus grand que soi : la vie, le cosmos, le divin, la nature...

 

la pratique amène à prendre conscience que nos actions, nos postures ne sont pas que « moi », qu’elles sont aussi une expérience spirituelle du lien entre « moi » et « le reste »

On l’appelle également le mystère, la nature ou le grand tout, selon ses convictions. La pratique est une offrande, et non pas un cadeau égoïstement conservé et admiré ; ce niyama invite à ne pas rester attaché à sa « performance » physique, à son corps, mais à se relier à plus grand.

C’est le sens même du yoga : se sentir en harmonie, se sentir « uni », aussi bien à l’intérieur de soi qu’avec le tout, autour de soi. Et c’est la voie de la libération.

 

"Par l'abandon à Dieu, s'accomplit la réalisation du Samadhi" (Sutra II-45)

 

Puissiez-vous chacun trouver ce qui vous parlera le plus au travers de ces mots. Puissent-ils vous accompagner. N'hésitez pas à y revenir ! tout comme nos sensations dans les asanas changent, nos compréhensions et nos interprétations changent aussi.

 

"Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement" Bouddha

 

A tout bientôt,

Flavy

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Marie jose (lundi, 12 février 2018 13:39)

    ♡♡♡

  • #2

    sophie (dimanche, 11 mars 2018 14:19)

    Je suis heureuse d'avoir tant appris en te lisant... un travail, parmi tant d'autres, mais essentiel aujourd'hui sur lequel je dois me concentrer : ne pas souffrir de personnalités toxiques m'entourant... difficile pour moi en ce moment